La Chambre sans porte est un espace d’écriture autour de l’expérience intérieure, du corps, de la mémoire et de ce qui parfois nous traverse avant même que nous puissions le comprendre.
Certains textes explorent notamment la mémoire implicite : ce qui peut rester de notre histoire sans prendre la forme d’un souvenir conscient et racontable. Des sensations, des réactions, des associations peuvent exister sans que nous sachions toujours d’où elles viennent. Des schémas qui se répètent, de la culpabilité sans raison.
Quelques jours après un travail thérapeutique autour de la respiration et du corps, j’ai commencé à faire des rêves inhabituels.
La première nuit, il y avait déjà de la nudité, des corps, des scènes étranges et difficiles à retenir.
La nuit suivante, une image beaucoup plus nette est apparue.
Deux hommes revenaient d’une promenade, Ils parlaient de boue. Puis ils se lavaient devant une sorte de bassin.
Ils avaient de la boue sur le sexe et la nettoyaient avec une brosse. J’étais choqué de l’acte et de leur nudité.
Dans le rêve, cela m’étonnait surtout.
Une brosse sur un pénis qui évoquait de la douleur.
Je pensais que cela devait faire mal.
Puis ils ont exhibé leur sexe et les ont comparés devant moi, sans aucune pudeur.
J’étais surtout surpris par leur comportement.
Au réveil, une pensée est venue presque immédiatement :
« Mais ce n’était pas de la boue ! »
Cette phrase m’a arrêté.
Depuis quelque temps, je travaille autour de zones de mon histoire pour lesquelles je n’ai pas de souvenirs explicites. Alors forcément, lorsqu’une image comme celle-ci apparaît après un travail corporel intense, une question surgit : est-ce simplement un rêve ? Une association ? Une trace implicite qui prend une forme ?
Je n’en sais rien.
Et je ne veux pas aller trop vite.
Un rêve n’est pas un souvenir retrouvé. Une image, même troublante, ne permet pas de reconstruire un événement.
Je remarque aussi quelque chose d’important : lorsque je repense aujourd’hui à cette scène, je ne ressens presque rien de particulier dans mon corps.
Il n’y a pas de sensation qui viendrait confirmer une histoire.
Il y a seulement ce rêve.
Deux hommes. La boue. La brosse. Leur absence de pudeur.
Et cette pensée au réveil :
« Mais ce n’était pas de la boue ! »
Je peux l’écouter sans chercher immédiatement à savoir ce qu’elle signifie.
Peut-être que le travail consiste aussi à laisser une image exister sans lui demander de raconter ce qu’elle ne dit pas.



