Lors d’une séance avec Madame B, nous parlions de mes relations amoureuses, de ces histoires qui changent de visage mais dans lesquelles certains schémas semblent revenir. Notre échange s’ajuste…
À un moment, une idée s’est glissée en moi, peut-être que le problème ne commence pas seulement dans la relation. Peut-être qu’il commence plus tôt.
Je me suis demandé depuis quel endroit en moi je choisis une personne. Depuis un espace calme, disponible, suffisamment centré pour sentir ce qui me convient ? Ou depuis un élan plus ancien, plus automatique, influencé par ce que mon système nerveux reconnaît comme familier ?
Je n’ai pas de réponse définitive, mais cette question ne s’est pas arrêtée aux relations amoureuses.
Elle s’est étendue au reste de ma vie.
Où ai-je envie d’habiter ? Qu’est-ce que j’aime réellement faire ? De quoi ai-je besoin pour me sentir bien ?
Et là, quelque chose devient beaucoup moins clair.
Je me rends compte que je sais très bien m’adapter. À une personne, à un lieu, à une situation, à ce qui est disponible, à ce qui paraît raisonnable.
Je peux prendre ce qui est là et apprendre à vivre avec. Puis me dire qu’il y a pire, que ce n’est pas si mal, que je n’ai pas vraiment de raison de me plaindre.
Et peut-être qu’à force de m’adapter à ce qui existe, j’ai parfois cessé de me demander ce que j’aurais choisi si j’avais réellement écouté mes besoins.
C’est une sensation étrange, parce qu’on peut avoir une vie remplie de choses qui fonctionnent et malgré tout ne pas savoir répondre à une question très simple :
Qu’est-ce que je veux ?
Pas ce qui serait raisonnable. Pas ce qui conviendrait aux autres. Pas ce que je peux supporter.
Ce que je veux.
Je comprends aujourd’hui qu’un besoin peut devenir difficile à reconnaître lorsqu’on a longtemps appris à s’ajuster. On observe l’environnement, on sent ce qui est possible, on fait avec. Et cela peut devenir tellement naturel qu’on finit par appeler cela un choix.
Je ne crois pas pour autant que tous mes choix aient été faux. Ce serait une manière trop simple de regarder mon histoire.
Mais je commence à me demander combien d’entre eux ont réellement été faits depuis un endroit en moi suffisamment tranquille pour entendre une préférence, un oui, un non, une envie ou un refus.
Et c’est précisément là où je me trouve aujourd’hui.
Je vois mieux ce dont je me suis contenté.
Mais je ne vois pas encore clairement ce que je choisirais à la place.
Alors il reste cet espace étrange entre les deux : ne plus vouloir vivre uniquement par adaptation, et ne pas encore savoir vivre autrement.
Peut-être que choisir depuis soi commence simplement là.
Dans cet espace encore flou où l’on cesse peu à peu de confondre adaptation et désir.
Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que je ne voyais pas, au moment de faire certains choix, ce qui les motivait réellement. Je ne percevais pas l’espace intérieur depuis lequel je choisissais, ni les rôles que j’incarnais alors. Pourtant, ces rôles avaient leur propre logique, leurs propres besoins, leurs propres stratégies, et ils orientaient forcément une partie de mes décisions. Ce que je prenais pour un choix personnel était parfois peut-être aussi le choix d’une version de moi que je ne savais pas encore reconnaître.



