Je dois partir. Aménager ‘mon’ lieu qui m’attend. 4ème jour de grippe.
J’ai besoin de changer d’air, de me ressourcer. De retrouver un peu d’espace.
J’ai peur. Je n’ose pas le dire
Alors j’attends. Je m’écrase, puis m’agite.
Le temps passe, interminable. Je réfléchis, je cherche des idées, des raisons, des justifications. Comme si mon besoin de partir ne pouvait pas simplement exister. Comme s’il fallait nécessairement lui trouver une explication acceptable.
Je ne veux pas faire de peine à l’autre.
Parce que sa peine me fait mal. Elle me renvoie à ma culpabilité, à cette sensation de mal agir en voulant simplement prendre soin de moi.
Alors je tourne en boucle.
Partir. Rester. Partir. Rester.
Oui. Non. Oui. Non.
Je m’épuise à chercher une solution qui ne ferait souffrir personne. Sans trouver. Comment sortir seul de cet écho sans fin ?
Et puis, n’en pouvant plus, je décide de partir.
Mais une fois dans la voiture, rien ne s’apaise.
Je roule sans vraiment savoir où aller. L’angoisse est toujours là. Je suis parti, mais je suis toujours prisonnier de quelque chose.
J’aimerais pouvoir dire que j’ai besoin de solitude. Que j’ai besoin de silence. Que j’ai besoin d’avoir du putain de temps pour ma gueule !
La colère se manifeste sourde et lourde à l’intérieur. Je sens le corps lent et ralenti paradoxalement.
Sans que cela signifie que je rejette l’autre. Sans que mon besoin d’espace devienne une menace pour notre relation.
Mais je connais déjà les réactions. J’ai essayé d’en parler plusieurs fois. Cela réveille ses peurs, ses blessures de rejet, d’abandon. La peur que je parte, que je m’installe ailleurs, que je ne revienne pas.
Et je me retrouve à nouveau face à sa souffrance.
À la mienne. Quel choix alors serait sain ?
Je m’arrête à une intersection. Je gare la voiture.
Je reviens dans mon corps.
Mon cœur bat fort. Je sens ses pulsations jusque dans mes mains, jusque dans mes pieds. Ça pulse en mode techno beat inside
Il y a de la colère à l’intérieur.
Je me sens pris au piège.
Ce qui me tue, c’est la souffrance de l’autre. La panique, m’en détourner. De croire que je n’ai pas les ressources.
Prisonnier de la relation, oui. Mais aussi de cette souffrance que je n’arrive ni à accueillir, ni à laisser derrière moi.
Et quelque chose me frappe.
Partir ou rester ne sont pas des solutions dans ce contexte endommagé.
Ce sont seulement deux options auxquelles je m’accroche depuis un espace en alerte, comme si l’une d’elles allait enfin me délivrer.
Mais qu’est-ce que cela change vraiment ?
Je peux partir. Je peux rester. Je peux rouler des heures, changer de paysage, m’éloigner.
Je suis toujours là.
Avec ce corps fatigué. Ce cœur qui continue de battre. Cette agitation intérieure qui ne me quitte pas.
En Intelligence Relationnelle, on parle d’états de notre système nerveux, de mobilisation, de protection, de ces moments où quelque chose en nous semble incapable de retrouver du mouvement, un système qui ne sait pas se mobiliser pour agir.
Je me demande si c’est ce qui se passe.
Une partie de moi veut fuir. Une autre me retient. Et au milieu, je m’épuise.
Madame B me demanderais :
« Et le lien ? »
Le lien ?
Le lien, je l’emmerde.
C’est ce qui me vient immédiatement.
Pas une réponse réfléchie. Pas une conviction. Juste ce qui surgit, là, maintenant.
Je suis fatigué de devoir penser à l’autre avant de pouvoir sentir ce qui est juste pour moi. Fatigué de me justifier. Fatigué de cette culpabilité qui semble toujours trouver le moyen de me rattraper.
Et pourtant, je sais bien que l’autre n’est pas responsable de tout ce qui se passe à l’intérieur de moi, il me permet de mettre tout ça en arborescence.
Alors je reste là, avec cette contradiction.
J’ai besoin de partir, mais partir ne me soulage pas.
J’ai besoin d’être seul, mais une fois seul, je me retrouve face à cette agitation.
J’ai besoin d’espace, mais je ne sais plus très bien où le trouver.
Je ne sais pas quoi faire de tout ça.
C’est simplement très fatigant.
Et aujourd’hui, ici ou ailleurs, j’ai cette impression étrange que rien ne changera vraiment.
Parce que, où que j’aille, je m’emmène avec moi.



