En regardant un documentaire sur la honte (Arte), je me suis reconnu par endroits.
Pas seulement dans la gêne après une erreur.
Pas seulement dans le malaise social.
Mais dans quelque chose de plus ancien, de plus diffus :
la sensation qu’au fond, il y a quelque chose de mauvais chez moi.
Quelque chose que je ne sais pas nommer.
Sans savoir ce que j’aurais fait pour ça.
Quelque chose dont je ne connais pas l’origine.
Mais qui me donne parfois l’impression d’être différent des autres, décalé, moins simple, moins net.
Et quand cette croyance est là, beaucoup de choses s’organisent autour d’elle.
Le regard des autres prend trop de place.
Être vu devient inconfortable. J’ai l’impression qu’ils savent ce que j’ignore.
Être avec les autres aussi.
Je peux vouloir être accepté, recherché, inclus,
et en même temps avoir envie de rejeter, de me retirer, de couper le lien.
Comme si la proximité réveillait un risque.
Comme si être avec les autres, c’était aussi risquer qu’ils voient ce que moi-même je ne comprends pas.
Ce documentaire a aussi remis sur le feu quelque chose de plus ancien :
la figure d’attachement traumatisée.
Être vu.
Être entendu.
Ne pas exister vraiment dans ce que je ressens.
Ne pas savoir quoi dire, ou même ne pas savoir ce qu’il faudrait dire.
Il y a aussi cette sensation de vivre avec un secret.
Un secret dont je ne connais même pas le contenu.
Pas un secret formulé.
Plutôt une présence floue, quelque chose de tu, de caché, d’inavouable.
Comme si j’étais seul à porter quelque chose sans nom.
La honte isole de cette manière-là.
Elle n’a pas toujours besoin de phrases.
Elle peut vivre comme une ambiance intérieure.
Une façon de se tenir en retrait du monde,
tout en cherchant malgré tout à en faire partie.
Je crois que c’est cela qui m’a le plus touché dans ce documentaire :
la honte ne fait pas que blesser l’estime de soi.
Elle trouble la relation aux autres.
Elle donne envie d’être aimé, accepté, rejoint,
et au même moment, elle pousse à se cacher, à se durcir, à rejeter.
Comme si le lien était à la fois désiré et dangereux.
Je n’ai pas encore tout compris de cette mécanique.
Mais je vois mieux aujourd’hui que cette honte ne parle pas forcément d’une vérité sur moi.
Elle parle peut-être d’un ancien climat.
D’un ancien regard.
D’un endroit où j’ai appris à croire que je devais cacher quelque chose pour rester en lien.
Et rien que le voir un peu mieux,
ça change déjà la texture du silence.



