Quand le corps dit
Noël.
Repas de famille chez la mère de ma compagne.
Les enfants, la sœur, la grand-mère, les cadeaux, le dessert, le café.
Rien d’exceptionnel en apparence.
Un moment en famille. Un moment de partage simple et agréable.
J’aime bien les rejoindre.
En tout cas, c’est ce que je me dis d’habitude.
Mais pas trop longtemps.
Et au fond, peut-être que je n’aime pas ça du tout, mais je ne sais pas.
Plus la journée avançait,
plus quelque chose en moi avait envie de partir.
Envie de m’échapper, de sortir, de rentrer chez moi.
Je me sentais coincé.
Coincé, ça veut dire :
je ne sais pas comment le dire,
je n’ose pas demander,
je ne trouve pas ma place. J’ai peur de froisser, d’être celui qui merde.
Sachant que nous devions dormir sur place, je commence à paniquer.
Un petit dîner ensemble s’improvise encore par-dessus.
À un moment, j’ai essayé de proposer une solution :
je pouvais déposer quelqu’un et aller dormir ailleurs, chez un ami.
Ma compagne m’a demandé si je préférais vraiment passer la nuit seul,
ailleurs, plutôt que de rester avec elle.
Je me suis senti encore plus dans un étau.
Quoi que je choisisse, quelque chose en moi perdait.
La pièce était chaude.
Mon corps, lourd.
Je suis sorti deux fois avec le chien pour respirer,
pour essayer de me recentrer.
Ça aidait un peu, mais pas assez.
Puis le besoin de solitude, je suis monté m’isoler dans la chambre.
Fatigué.
Saturé.
Marre.
Et là, mon corps a commencé à parler plus fort que moi.
Dans mes bras, dans la poitrine,
j’ai senti comme des masses lourdes,
des mouvements épais, profonds.
Pas vraiment une douleur.
Plutôt une gêne pesante.
Comme si quelque chose voulait pousser de l’intérieur
sans trouver de sortie.
Dans ma tête, les pensées tournaient en boucle suivies de près d’une colère graduelle :
impression de ne pas être entendu,
de faire des choses à contrecœur,
de me forcer à vivre une situation que je ne voulais pas.
Me sentir obligé.
Pris au piège. Being forced. Force-fed.
Et puis c’est arrivé d’un coup.
J’ai bondi sur le lit puis frapper les coussins.
Plusieurs fois.
Fort.
Sans réfléchir.
Ce n’était pas “contre” quelqu’un.
C’était mon corps qui disait stop
avant que je trouve les mots pour le dire.
Je crois que ce soir-là,
ce n’était pas juste “un Noël en famille”.
C’était la rencontre entre une situation banale
et un système nerveux qui se manifeste.
Entre l’envie d’être “quelqu’un de bien” qui reste,
et une part plus profonde qui crie :
“Je n’en peux plus de supporter ce que je ne choisis pas.”
La peur d’être l’égoïste, LE rabat-joie de service
Le corps, lui, ne ment pas.
Il finit toujours par parler.
Même si c’est à travers des coups dans les coussins,
dans une chambre à l’étage,
un soir de Noël.



