La bulle thérapeutique
En ce moment, j’ai l’impression de vivre dans un bain de “traumas”.
Sentir l’introjection.
Comprendre la famille.
Comprendre les mécanismes, les parts de moi, les schémas et stratégies, les croyances.
Je pourrais presque faire un tableau Excel de ce qui me constitue.
Et en même temps…
il y a une autre voix en moi qui dit :
Suis je en train de trop nourrir ces concepts ?
Entre les deux, ça tangue.
Je voudrais savoir d’où je viens,
ce qui m’a façonné,
ce que j’ai encaissé,
ce que j’ai avalé sans le vouloir.
Et en même temps, il y a des moments où tout ça ressemble
à une pensée conceptuelle qui tourne en rond,
une rationalisation qui justifie tout,
une sorte d’acceptation :
“C’est comme ça, c’est ton trauma, compose avec, pardonne, accepte et soigne toi”
Un pardon presque égoïque,
qui voudrait surtout que ça cesse d’encombrer.
Une fatigue me gagne quand je me vois respirer du trauma.
Manger des tartines au trauma le matin,
Dormir sur du trauma moelleux,
Me doucher au trauma.
Tout mon focus, mon attention, mon énergie
se retrouvent accaparés par ce vortex traumatique
Le travail sur le trauma est nécessaire, vital même.
Mais à un moment, le système nerveux et le psychisme peuvent se retrouver dans une bulle thérapeutique :
tout est lu sous cet angle, tout est ramené là, et ça étouffe.
Et plus je le regarde,
plus je me rends compte
que ça me coupe encore plus du vivant.
J’aime bien dire que le trauma fait partie du vivant,
que c’est une des façons dont la vie se tord, se replie, se protège.
Mais parfois, j’ai l’impression que c’est l’inverse :
que le vivant devient une petite pièce coincée
dans un musée du trauma.
Aujourd’hui, je me sens à la fois déraciné
et étrangement libre.
Comme si tout était possible et ouvert,
et en même temps plus grand-chose n’est important.
Est-ce la maturité ?
La sagesse ?
Un savant raffinage de la bulle ?
Ou juste une autre forme de dissociation,
plus subtile, plus “spirituelle” ?
Je n’ai pas la réponse.
Je sais juste que respirer du trauma à longueur de journée
n’est pas la vie que je veux.
Le trauma fait partie du vivant, oui.
Mais il n’en est pas le centre.
Pour l’instant, j’en suis là :
entre l’envie de comprendre jusqu’au bout,
et une part de moi qui chuchote :
“Lâche un peu.
Va voir dehors.Il y a autre chose que ça…
Rappelle-toi ton EMI et ce bref accès à Samadhi : cette vie est un jeu, une incarnation actée.
Le décor a sa beauté, sa nécessité, mais il ne vaut pas plus que la pièce elle-même. Il l’abrite, il la sert, sans jamais en être le cœur.



